Article original tiré de France Football, publié après la cérémonie de 2025.

« Est-ce que ce Ballon d'Or, cela correspond davantage à votre plus beau but ou à votre plus beau dribble ?

(Il réfléchit un instant.) Mon meilleur dribble. Ce serait la feinte, celle qui déjoue l’adversaire. La simplicité, du début à la fin.

Étant donné que ce Ballon d'Or semble soudain et inattendu – puisqu'il s'agit d'une victoire dès votre toute première nomination – et qu’elle fait suite à une seconde moitié de saison exceptionnelle, on pourrait aussi y voir l’une de vos accélérations caractéristiques. Comme lorsque vous recevez le ballon au milieu de terrain, effectuez une touche de contrôle pour changer de direction, puis vous lancez dans une course fulgurante.

C’est une bonne façon de voir les choses… Mais quand on remporte presque tous les trophées, y compris la Ligue des champions – qui revêt une importance particulière lors d’une année sans Coupe du monde ni Euro – et qu’on affiche de telles statistiques individuelles, je pense qu’on fait partie des cinq meilleurs joueurs du monde. Je ne dirais pas que c’était totalement inattendu, car au début de chaque saison, mon entourage me répète sans cesse que je pourrais figurer sur la liste du Ballon d'Or… Mais une saison comme celle-ci reste tout de même exceptionnelle.

« Le premier message de félicitations que j’ai reçu ? C’était celui de Messi. »

Si tu devais associer ce Ballon d'Or à un moment précis de ta carrière ?

Mon but contre Tottenham (pour Barcelone, lors du match nul 1-1 le 11 décembre 2018, en phase de groupes de la Ligue des champions). J’ai mis la pression sur l’adversaire, il a perdu l’équilibre, j’ai récupéré le ballon, puis on s’est retrouvés à deux contre deux, et je me suis simplement dit : « Je vais jusqu’au bout. » J’ai poussé le ballon vers l’avant, j’ai accéléré, j’ai vu le défenseur arriver pour un tacle désespéré, je l’ai feinté et j’ai marqué. C’est un peu comme ce Ballon d'Or. La finition. Inattendue. Et ça se termine par un but.

Quel a été le premier message de félicitations que tu as reçu ?

C’était de la part de (Lionel) Messi. J’ai également eu des nouvelles de Xavi, de Luis Suárez et de beaucoup de mes anciens coéquipiers du Barça. Ils étaient heureux pour moi. Je n’ai pas pu joindre mes coéquipiers du PSG lors d’un appel vidéo, mais j’ai reçu des messages d’Achraf (Hakimi), de l’entraîneur (Luis Enrique), de Luis Campos, de tout le monde.

Il y a un an, qui aurait prédit qu’Ousmane Dembélé remporterait le Ballon d'Or 2025 ?

(Il rit.) Moussa Sissoko (son agent, présent lors de l’interview), Moustapha Diatta (son meilleur ami, également à ses côtés)… Mon entourage proche me l’a toujours dit.

Biographie d’Ousmane Dembélé.
Né le 15 mai 1997 à Vernon, en France.
Poste : attaquant.
Sélection nationale : France (57 sélections, 7 buts).
Parcours : Rennes (2010-2016), Borussia Dortmund (2016-2017), FC Barcelone (2017-2023), Paris Saint-Germain (depuis 2023).
Principaux titres : la «Ballon d'Or» en 2025, la Coupe du monde de la FIFA en 2018, la Ligue des champions de l’UEFA en 2025, la Supercoupe de l’UEFA en 2025, la Liga en 2018, 2019 et 2023, Ligue 1 en 2024 et 2025, la Coupe de France en 2024 et 2025, la Copa del Rey en 2018 et 2021, la DFB-Pokal en 2017.
Statistiques de la saison 2024-2025 : 60 matchs, 37 buts, 15 passes décisives, 5 cartons jaunes, 1 carton rouge.

Et toi ? Tu y as cru ?

Non. Je les ai juste laissés parler. (Il répète.) Je les ai laissés parler. Je me concentrais surtout sur l’équipe. L’objectif, c’était de remporter la Ligue des champions avec le Paris Saint-Germain. Après ça, on verra bien ce qui se passera au niveau des distinctions individuelles.

Dix ans après vos débuts professionnels, êtes-vous devenu un « tueur » sur le terrain ?

Ah, je ne sais pas trop. C'est à vous de le dire. Mais cette année, peut-être un peu, oui.

Vous faites désormais partie des plus grands du football. Est-ce quelque chose que vous avez cherché à atteindre ?

Je vous l’ai déjà dit, je n’aime pas parler de moi ! Je ne sais pas, chacun a son opinion. On essaie de réaliser des choses. Figurer sur la liste des lauréats du Ballon d'Or, c’est incroyable. Quand on regarde tous les noms sur cette liste, ce sont tous des légendes.

Et ce n’est pas juste pour un instant, mais pour toujours…

Oui, le Ballon d'Or, c’est pour toujours. Avoir remporté une Coupe du monde, la Ligue des champions, puis ajouter un Ballon d'Or… c’est quelque chose d’énorme. C’est exceptionnel, une immense fierté.

« J’ai vu le Ballon d'Or tout près de moi, j’ai tendu la main, et eh bien… le voilà ! »

Avez-vous déjà rêvé de remporter le Ballon d'Or, même quand vous étiez enfant ?

Oui, quand j’étais petit, j’en rêvais. Mais en grandissant, je n’y pensais plus vraiment… Je ne me suis jamais dit que j’allais remporter le Ballon d'Or. Ce n’était pas une obsession.

Est-ce que le Ballon d'Or est venu à vous, ou est-ce que vous êtes allé le chercher ?

Il est venu à moi. Mais vers la fin, c’est moi qui suis allé le chercher. J’ai vu qu’il n’était pas loin, j’ai tendu les bras et j’ai dit : « Allez, viens ! »

Lorsque vous étiez sur scène au Théâtre du Châtelet, l’émotion que nous avons perçue était-elle liée à des difficultés et des doutes passés ?

Pas vraiment. À Barcelone, j’ai eu beaucoup de blessures. Plus les saisons passaient, plus je me blessais… En 2019-2020, je n’ai disputé que cinq matches de championnat. Mais non, je n’ai jamais douté de moi-même. J’étais sûr que je reviendrais sur le terrain et que tout irait bien. Ça fait partie de la vie ; tout ne peut pas être parfait. Ça n’a pas été facile, mais j’ai beaucoup appris. À 28 ans, je connais mon corps sur le bout des doigts. Les difficultés étaient surtout d’ordre physique, liées aux blessures. Mais je n’ai jamais douté de mes capacités footballistiques, pas même une seconde. J’ai toujours aimé ce sport et j’ai toujours eu ce talent, donc je ne m’inquiétais pas. J’avais juste besoin que mon corps me permette de l’exprimer.

Même si l'attaquant du PSG n'aime pas parler de lui, il va devoir s'habituer à sa nouvelle notoriété.
S. Mantey/L'Equipe

Et tu as aussi dû permettre à ton corps d’exprimer ton football ?

Exactement. Avec le temps, j’ai mûri et je suis devenu beaucoup plus professionnel. J’ai écouté les conseils de mon entourage. Aujourd’hui, tout roule.

Avez-vous des regrets de ne pas l’avoir compris plus tôt ?

Non, je n’ai aucun regret. C’est comme ça. Je ne regrette rien, du début de ma carrière jusqu’à aujourd’hui. J’ai énormément appris, et cela m’a aidé. Quand on subit des contretemps physiques, ce n’est pas facile de revenir au plus haut niveau. Mais dès que votre corps vous obéit – et que vous écoutez votre corps –, vous pouvez jouer régulièrement et montrer votre talent. Et en août, tout repart à zéro pour une nouvelle saison. Le Ballon d'Or, c’est pour une saison, pas pour dix.

À quel point estimez-vous votre propre talent ?

Je ne sais pas trop, mais oui, les gens me disent que j’ai beaucoup de talent. Je ne doute pas de mes capacités footballistiques. Mais cela a aussi demandé beaucoup de travail. On ne peut pas tout faire avec le talent seul. Et c’est ce qui m’a amené ici.

« Karim Benzema est le premier lauréat du Ballon d'Or décernée par le public, et je suis le deuxième. »

Avec le Ballon d'Or entre les mains, qu’avez-vous lu dans les yeux de votre mère ?

Une immense fierté. Toute ma famille était heureuse — ceux qui étaient là et ceux qui n’étaient pas là. C’était de la joie à l’état pur. Ce Ballon d’Ballon d'Or est aussi le sien. C’est ma mère ; elle m’a élevé toute seule. Je lui dédie ce prix, ainsi qu’à toute ma famille. Mais que je l’aie remporté ou non, elle est heureuse du chemin que j’ai parcouru.

Étiez-vous plus heureux pour vous-même ou pour elle ?

Pour toute ma famille, pour tous ceux qui m’entourent. Comme on dit, c’est aussi le Ballon d'Or du peuple. Karim Benzema et moi-même sommes tous deux issus des HLM, nous y avons grandi, et atteindre le plus haut niveau mondial et remporter le Ballon d'Or, c’est exceptionnel. Il est le premier « lauréat du Ballon d'Or du peuple », et je suis le deuxième.

Du quartier de la Madeleine à Évreux à l’Hôtel de Crillon à Paris…

Ce n’est pas tout à fait la même chose, ce n’est pas le même décor ! (Rires). C’était toute mon enfance. J’étais un gamin qui voulait juste jouer au foot, rien d’autre, qui était heureux d’être avec ses copains tous les jours. Et qui avait un rêve : devenir footballeur professionnel et rendre fiers sa famille et ses amis.

Enfant, ce jeune garçon originaire d'Évreux rêvait de remporter e Ballon d'Or. Son rêve s'est réalisé.
S. Mantey/L'Equipe

L’Ousmane Dembélé de La Madeleine est-il le même que celui qui est assis ici, au Crillon ?

Oui… un peu plus mûr, quand même. Mais je n’ai pas vraiment changé ; je suis resté le même. Et je le serai toujours. C’est tout simplement moi. La personne d’autrefois et celle qui est ici sont identiques.

Et si le jeune Ousmane Dembélé était venu ici, qu’aurait-il ressenti ?

D’abord, il demanderait s’il y a quelque chose à manger ! (Rires). S’il entrait et voyait le Ballon d'Or, il voudrait prendre des photos… puis le raconter à tout le monde. Et il dirait : « Je veux ça. »

L’idée de devenir une star, d’être célèbre grâce au football, vous attirait-elle ?

Oui, être célèbre… même si je ne savais pas tout le remue-ménage que ça implique. Je voulais être un grand joueur, disputer des matchs de Ligue des champions. Quand on joue ces matchs-là, ça veut dire qu’on est dans un grand club, qu’on est une star. Donc, j’imagine que j’en suis une.

« C'est une expression forte, “meilleur joueur du monde”. Pour moi, ça ne veut rien dire. »

Et que penses-tu de ce mot, « star » ?

Pfff… Je m’en fiche. Je veux rester comme je suis. Ça ne me dérange pas du tout. Même si, parfois, on ne peut pas se promener tranquillement dans la rue sans que quelqu’un me demande une photo. Alors je la prends. Parfois, j’essaie de me fondre un peu dans la masse pour éviter les ennuis, pour me protéger, et préserver ma vie privée aussi.

En 2017, vous aviez déclaré à L’Équipe : « Je ne vais certainement pas dire que je suis le meilleur joueur du monde ! » Pouvez-vous affirmer la même chose aujourd’hui ?

« Meilleur joueur du monde », c’est une expression forte. Pour moi, ça ne veut rien dire. Ça peut changer chaque week-end. Un match, tu n’es pas bon, les gens diront que tu es nul. Le match d’après, tu es le meilleur du monde. (On lui montre le Ballon d'Or.) Oui, oui… C’est censé être comme ça… Mais ça peut changer toutes les deux semaines. Et puis, quand on fait une super saison, la meilleure de sa carrière, on est récompensé. On est désigné meilleur joueur de la saison.

Le meilleur joueur du monde cette saison-là.

Oui, c’est vrai.

Le 31 mai, finale de la Ligue des champions contre l'Inter (5-0), point d'orgue d'une campagne européenne au cours de laquelle Dembélé s'est montré décisif à chaque match, dès le match retour des huitièmes de finale à Anfield.
S. Mantey/L'Equipe

N’est-ce pas réécrire ton histoire que de dire que tu es soudainement devenu un buteur ? Quand tu as fait une entrée fracassante en Ligue 1 avec Rennes, tu as marqué 12 fois. Puis, avec Dortmund, tu as inscrit 10 buts et délivré 20 passes décisives toutes compétitions confondues.

Oui, je pouvais marquer beaucoup. Mais je ne jouais pas au même poste. À Rennes, j’ai débuté deux ou trois matchs sur l’aile, mais ensuite j’étais juste derrière l’attaquant, et ce n’est pas la même chose quand on est plus près du but. En tant qu’ailier, il faut dribbler trois ou quatre joueurs, on se retrouve face au gardien, on est fatigué, on tire trop haut, vous voyez… (Il rit.) Même à Dortmund, j’étais plus excentré et c’était beaucoup plus facile. Au cours de mes sept saisons à Barcelone, j’ai surtout joué sur l’aile.

Abordez-vous le jeu différemment à ce poste plus central ?

Bien sûr. Ce n’est vraiment pas la même chose entre un ailier collé à la ligne de touche et un joueur libre de ses mouvements, on appelle ça un « faux numéro 9 », mais c’est un joueur libre de ses mouvements. (À ce poste au PSG) Luis Enrique me laisse beaucoup de liberté. J’en ai besoin. J’ai commencé comme ça à Rennes. Rolland Courbis m’avait donné beaucoup de liberté, il m’avait dit d’aller partout. J’aime vraiment ce poste. Je peux jouer ailier, mais à ce poste-là, j’ai plus de chances d’essayer de semer la pagaille dans les défenses, de délivrer des passes décisives… Même si on me demandait aussi de marquer. Ce n’est pas la même chose.

Alors, qu’est-ce qui a changé dans ta façon de te déplacer, dans l’anticipation des mouvements de tes coéquipiers et de tes adversaires ?

En tant qu’attaquant libre, un « faux numéro 9 », on est beaucoup plus présent dans la surface, avec moins de course à faire qu’à l’aile. Les ailiers, les arrières latéraux, les milieux de terrain te cherchent beaucoup plus dans la surface. Tu es le numéro 9, tu dois marquer des buts. Cette saison, mes coéquipiers m’ont beaucoup cherché. Je suis beaucoup plus attentif qu’avant quand ils ont le ballon. Pour moi, c’est surtout une question de placement, entre les lignes, dans la surface. En tant que numéro 9, si tu arrives à bien te placer, tu marqueras facilement une quinzaine de buts.

Quel travail as-tu effectué pour t'adapter à ce nouveau poste ?

C’est avec mes coéquipiers, avec l’entraîneur (Luis Enrique) qui me donne aussi quelques conseils. J’essaie de me glisser dans les espaces libres, derrière le défenseur, pour me rendre disponible. C’est un poste que je connais bien, que j’apprécie beaucoup ; c’est très tactique. Je préfère jouer en tant qu’attaquant libre plutôt que sur l’aile, même si cela ne m’empêche pas d’y aller. On change beaucoup de poste. Nos attaquants sont presque tous des ailiers de formation.

11 mars 2025, match retour des huitièmes de finale à Liverpool : Dembélé, le buteur impitoyable, frappe à nouveau.
P. Lahalle/L'Equipe

L’aspect instinctif de ton jeu est-il le même qu’avant ?

Oui, ça n’a pas changé. Il y a de l’instinct, beaucoup d’instinct. Bon, je réfléchis aussi davantage à mes déplacements. Quand je me retrouve bien placé, Bradley (Barcola) ou Kvara (Khvitcha Kvaratskhelia) me repèrent et me font une passe.

Quand vous vous déplacez, regardez-vous d’abord vos coéquipiers ou vos adversaires ?

Mes coéquipiers. Et je sais ce qu’ils vont faire. Quand je vois Bradley partir en profondeur ou dribbler son défenseur dans la surface, je sais ce qu’il va faire ensuite. Ce sont eux en premier. On se donne beaucoup de conseils mutuels, sur l’endroit où il va placer le ballon, là où je le veux aussi. On observe également comment les choses se déroulent pendant les dix à quinze premières minutes et on s’adapte très rapidement.

Avez-vous observé d’autres attaquants qui jouent dans le même style ?

Pas particulièrement, mais j’ai joué à Barcelone avec Lionel Messi, qui était un faux numéro 9. Il aurait fallu voir comment il se déplaçait, comment il se rendait invisible aux yeux de tout le monde. Il marchait, mais il savait parfaitement que le ballon allait lui arriver aux pieds parce que (Sergio) Busquets l’avait repéré. Il se glissait dans le rôle de numéro neuf, sur les ailes, partout où il y avait de l’espace, il allait partout. Il restait en position de hors-jeu, puis soudain, il réapparaissait. J’ai observé tout cela pendant sept ans. Aujourd’hui, j’essaie de faire pareil. Et puis, en tant que numéro 9, Harry Kane est incroyable. Au Real Madrid, Kylian (Mbappé) joue en numéro 9, mais il n’en est pas vraiment un. Ce sont ces joueurs-là que j’observe.

Avant, tu aimais qu’on te décrive comme un dribbleur, un joueur agréable à regarder. Est-ce que ça a changé aujourd’hui ?

Non. J’aimerais toujours être perçu ainsi. C’est ce que j’adore : dribbler, faire vibrer le public, tout ça, c’est ce que j’aime par-dessus tout. On m’a toujours dit que j’étais un amateur de sensations fortes, alors je veux que les gens continuent à le dire et je veux continuer à l’être. Cette année, cependant, j’ai évolué à un nouveau poste où je devais marquer des buts, beaucoup plus de buts. C’est l’entraîneur qui me l’a dit. Je lui ai répondu : « Je vais essayer. »

Comment passe-t-on d’un dribbleur en quête de sensations fortes à un finisseur clinique ?

Mon style de jeu change en fonction de mon poste. Si je suis sur l’aile, je dribble et je suis un peu imprévisible. Mais si je joue en numéro 9, je vais vraiment jouer pour l’équipe. Je vais être beaucoup plus un joueur collectif, en aidant l’équipe à sortir le ballon de la défense, à améliorer nos passes… Mais dans les matchs où l’adversaire aligne cinq ou six joueurs derrière le ballon, avec peu d’espace au centre, je peux aussi aider l’équipe en jouant sur l’aile et en affrontant les défenseurs en un contre un.

En 2022, Karim Benzema a déclaré à France Football : « Je suis devenu le joueur dont je rêvais d’être. » Est-ce également votre cas ?

Oui, moi aussi. Le joueur que j’ai été cette saison (2024-2025) est celui que je rêvais d’être. Parce que je peux tout faire, je le sens, je suis beaucoup plus complet. Je peux jouer au centre, à gauche, à droite, changer de style, faire des passes, marquer, dribbler.

Ce joueur que vous êtes devenu aujourd’hui, est-ce une transformation ou une évolution ?

Une évolution.

Alors, dirais-tu que tu es un mutant ?

(Il rit.) C’est ça.

Le 22 septembre, dans les coulisses du Théâtre du Châtelet, en compagnie de sa mère Fatimata et de son beau-père.
A. Réau/L'Equipe

L'une des définitions du mot « mutant » dans le dictionnaire Larousse est : « En science-fiction, être issu de la lignée humaine, mais doté de qualités extraordinaires. » Ça colle bien, non ?

Un peu, oui. Disons-le comme ça. Sauf que pour moi, ce n’est pas de la science-fiction, c’est la réalité. (Il rit.)

Alors, quand tu entres sur le terrain, c’est pour marquer ?

Pour aider l’équipe. Pour marquer, pour faire la passe ou la course qui créera un espace. C’est ce que Luis Enrique nous a appris. Le but n’est pas de marquer, c’est d’aider l’équipe avant tout. Le reste vient après… C’est ce que l’entraîneur a dit à tout le monde, et il avait raison quand on regarde la saison.

Après la finale contre l’Inter (5-0), y avait-il une pointe de déception de ne pas avoir marqué ?

(Immédiatement.) Non. Contre Arsenal à l’Emirates (match aller de la demi-finale, 1-0, but de Dembélé), c’était peut-être mon meilleur match de la saison, même s’il n’y a pas eu de triplé ni de doublé.

Je m’en fichais complètement (des taquineries qu’on lui adressait) ! Je jouais simplement mon jeu.

Vous imaginiez-vous marquer ?

Oui. À chaque match, chaque fois que je monte sur le terrain, je me dis que je vais marquer trois buts ! (Il rit.) C’est vrai. Et puis, parfois, ça fait zéro, un, deux…

Le Dembélé des dribbles, celui des meilleurs moments sur YouTube, existe-t-il toujours ?

C’est le placement qui peut modifier mon style de jeu. Mais j’aimais bien être ce joueur-là. Il existe toujours. Et il existera toujours.

Comment as-tu pris les commentaires, qui frisaient parfois la moquerie, sur ton manque de précision dans la dernière passe ?

Pardonnez mon langage, mais je m’en fiche complètement ! Je jouais simplement mon jeu. Si ça vous plaît, ça vous plaît ; si ça ne vous plaît pas, tant pis. À prendre ou à laisser. Même si je voulais marquer des buts, je ne tirais pas délibérément en hauteur…

Pensez-vous qu’il y ait encore aujourd’hui des sceptiques qui disent : « Ce n’est qu’un coup de chance » ?

Il y en aura toujours. Même si vous enchaînez deux, trois, quatre ou cinq bonnes saisons, il suffit d’une mauvaise pour que tout soit oublié. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est impossible. Tout repart de zéro au début de chaque saison.

Y a-t-il un risque de déception après avoir remporté la Ligue des champions et le Ballon d'Or ?

Non, nous sommes des compétiteurs, nous voulons gagner, encore et encore. D’autant plus que, dès qu’on a goûté à tout ça, on veut continuer sur sa lancée. Cela n’a pas entamé ma soif de victoire. Nous avons encore beaucoup à apporter au Paris Saint-Germain, de grands objectifs à atteindre avec le club. Je suis un compétiteur, je veux jouer au plus haut niveau possible, gagner chaque match et remporter de nombreux trophées.

« Si tu n’as pas faim de victoire, avec Luis Enrique, tu te retrouves sur le banc. »

Avez-vous encore plus faim qu’avant ?

Oui, bien sûr. Parce que si tu ne gagnes pas, si tu n’as pas faim, avec Luis Enrique, tu te retrouves sur le banc. Ou alors, on va recruter un autre joueur.

Comment vois-tu votre implication collective dans le pressing de l’équipe ?

L’entraîneur nous a demandé de le faire, surtout aux attaquants. Parfois, on y allait, mais sans s’y investir pleinement, et l’adversaire parvenait à sortir le ballon… Il nous a montré toutes les séquences vidéo de ces situations. Au fil de la saison, on a commencé à presser ensemble, en bloc. On voit peut-être mon pressing, mais tous ceux qui sont derrière moi le font aussi. Si je le fais tout seul, c’est fini pour nous. C’est quelque chose que nous devons faire et que nous ferons toujours. Avec notre style de jeu, lorsque nous pressons efficacement, nous récupérons le ballon très rapidement.

Savez-vous que, grâce à vous, de nombreux entraîneurs vont désormais exiger ce type de pressing de la part de leurs attaquants ?

Oui. Hugo Ekitike (à Liverpool) m’en a également parlé. Mais c’est une bonne chose. C’est indispensable. On attaque ensemble, et on défend ensemble. Et si on récupère le ballon dans les 20 derniers mètres, on a beaucoup plus de chances de marquer que lorsqu'on part en course depuis le but de son équipe.

Qu'est-ce que Nasser al-Khelaïfi t'a chuchoté sur le podium lors de la remise du trophée de la Ligue des champions ?

Il m’a dit qu’il était heureux et qu’il fallait continuer sur cette lancée. Il pensait déjà à la suite.

Le projet du PSG a été porté par des stars comme Ibrahimović, Neymar, Messi et Mbappé, mais c’est finalement grâce à vous que le club a atteint son objectif ultime…

Non, pas grâce à moi. Arrêtez de dire que c’était « grâce à moi » ! C’était grâce à tout le monde. C’est une équipe… Quand on regarde Achraf (Hakimi), Nuno (Mendes) et tous les autres, c’est tout le groupe. C’est le Ballon d'Or de l’équipe. »